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Très éclairant : les savoirs mettant en échec les élèves car ils sont complexes

« Autrefois il y avait un texte de savoir linéaire. Aujourd’hui le cheminement intellectuel n’est plus donné. Et en plus la lecture doit se faire en pointillé à travers un diversité d’éléments (graphiques, textes etc.). Il faut étudier chaque élément sous l’angle de la notion qui est donnée à apprendre. L’élève est dans un raisonnement permanent et à double niveau. »

Voilà c’est dit, jee m’étais déjà fait la réflexion en formation avec un  manuel d’histoire des années 50 et un manuel récent sur la même meçon.

Les supports pédagogiques creusent-ils les inégalités scolaires ?

Avec l’affaiblissement du modèle traditionnel d’enseignement, les supports pédagogiques ont pris une importance croissante dans la classe. Hors de la classe, le développement de la littérature jeunesse et du parascolaire montre que les attentes des familles sont fortes. Comment avec la multiplication de ces supports peut-on voir les inégalités scolaires se creuser ? Comment en est-on arrivé au rejet de l’Ecole par certaines familles et à un sentiment d’injustice aussi généralisé ? Pour répondre à cette question, Stéphane Bonnery et les chercheurs de l’équipe Escol ont analysé manuels scolaires, ouvrages de littérature jeunesse et supports d’éducation musicale sur un demi siècle. Pour eux , ils jouent un rôle dans la montée des inégalités. Mieux les utiliser devient nécessaire…

 

Vous avez analysé les manuels scolaires sur une longue période. Quelles conclusions en tirez vous ?

 

Très éclairant : les savoirs mettant en échec les élèves car ils sont complexes dans lectures motivantes 0202152 On voit deux types d’évolution quand on observe les manuels scolaires : sur leur contenu et sur ce qu’il sollicite chez l’élève.

 

Le contenu dépend bien sur des programmes. Mais quand on observe sur un demi siècle l’évolution des manuels scolaires, le recul donne des résultats saisissants. On voit que les contenus de savoir sont beaucoup plus notionnels aujourd’hui. Par exemple quand on compare une leçon sur le hanneton. Dans els années 1950, on avait quelque chose de très narratif avec des contenus de savoir explicites. Aujourd’hui les contenus sont plus notionnels. On est passé de la vie du hanneton à une articulation entre les notions de reproduction et de métamorphose. Ca interroge sur les difficultés des élèves. L’école a du faire face à deux défis : la massification et en même temps un défi moins connu celui de la complexification des savoirs. De réforme en réforme on a ajouté des contenus de savoir et on les a complexifié. On est passé de savoirs simplifiés à des savoirs montrés dans leur complexité. C’est risqué.

 

Autrefois il y avait un texte de savoir linéaire. Aujourd’hui le cheminement intellectuel n’est plus donné. Et en plus la lecture doit se faire en pointillé à travers un diversité d’éléments (graphiques, textes etc.). Il faut étudier chaque élément sous l’angle de la notion qui est donnée à apprendre. L’élève est dans un raisonnement permanent et à double niveau.

 

On a la même évolution dans les albums de littérature jeunesse. Les textes sont devenus plus complexes. Ils ne donnent pas toute l’histoire. Celle-ci est souvent à lire dans la confrontation entre le texte et l’image. Parfois l’image montre que le personnage se trompe. Cette évolution est plus stimulante mais aussi plus difficile.

 

Dernière évolution : la place du maitre a changé dans la classe. Il n’est plus celui qui donne le savoir mais celui qui pose les questions qui permettront d’accéder au savoir. Dans ce cas le support devient plus important.

 

Le fait de faire réfléchir les élèves, à travers des tâches complexes, ce n’est pas mieux ?

 

Bien sur que c’est mieux ! Mais il y un risque de passer d’un défaut à un autre. Si on chercge à faire réfléchir les élèves mais qu’on ne se donne pas les moyens d’y arriver alors il y a le risque de baisser les bras. C’est justement pour sauver ‘idée qu’il fait faire réfléchir les élèves qu’il faut faire attention. Sinon ces supports vont devenir un moyen de faire renaitre et cohabiter dans la classe les 2 anciens ordres scolaires avec des questions de constat pour l’école du peuple et des questions plus élevées pour les autres.

 

Il faudrait que les manuels cadrent mieux la progression des élèves ?

 

Il est clair que la société d’aujourd’hui demande d’articuler des informations plurielles et que le niveau d’exigence demandé est différent de celui du passé. Il n’est donc pas question de revenir aux manuels d’antan. Mais il faut réfléchir à la façon de cadrer les élèves pour qu’ils puissent être conduits à réfléchir et ne soient pas, pour une partie d’entre eux, simplement spectateurs de la réflexion des autres. Il faut mettre d ela progressivité. Il faut sans doute chez les auteurs arrêter de se faire plaisir en mettant en avant des tâches toujours plus complexes dès la petite enfance…

 

Vous pensez que les supports ont une importance plus grande qu’avant ?

 

0202153 dans lectures motivantesDans les années 1950 le rôle du maitre et du manuel scolaire étaient convergents. Tous deux tenaient le discours de vérité. Aujourd’hui ils ont un rapport complémentaire. Les manuels scolaires ne sont plus un lieu de ressources pour des savoirs informatifs. Ils sont un lieu d’activités à partir duquel le maitre guide des activités.

 

Mais dans les manuels on trouve encore des résumés…

 

Oui mais ils sont plus courts qu’autrefois. Et ils ne renvoient plus vers une lecture narrative qui donne les informations mais vers une lecture référentielle qui renvoie à des notions présentes dans chaque page. Les résumé sont une fonction différente des résumés d’autrefois. D’ailleurs les enseignants qui sont confrontés à ce problème distribuent souvent des photocopies de textes de savoir rédigés à l’ancienne.

 

Vous pensez que cette nouvelle organisation profite davantage à certains élèves qu’aux enfants des classes populaires. Comment l’expliquer ?

 

L’exigence de faire réfléchir pourrait bien sur profiter à tous. Mais il y a un effet de système. On a élevé les exigences partout en même temps qu’on a diminué le temps scolaire et qu’on a ajouté des disciplines. Il faut donc faire en moins de temps des choses plus compliquées. D’où cette pression du temps que les enseignants ressentent. Il y a eu plusieurs évolutions. Faire prendre conscience aux élèves de ce qu’ils apprennent et en même temps individualiser plutôt que chercher à limiter les difficultés de tous.

 

En même temps on se focalise sur des activités opératoires dont on ne signifie pas assez le lien avec les activités intellectuelles. Par exemple dans un manuel d’histoire de l’école primaire, dans une leçon sur la monarchie capétienne on pose 3 questions à propos de l’image d’un couronnement : « Où est le roi » « que fait-il ?  » « Expliquer pourquoi le couronnement est important ». En fait les réponses aux 2 premières questions sont à trouver en lien avec la troisième. Elles prennent sens avec elle. Mais cela n’est pas dit. Une partie des élèves vont rester dans le descriptif.

 

Quels conseils donner aux enseignants ?

 

Dans le choix des manuels ou des albums de littérature jeunesse, ils devraient se mettre à la place de l’élève et se demander ce qu’il faut savoir pour atteindre la notion. Il faut éviter l’implicite. Ce serait intéressant dans les formations d’enseignants qu’ils confrontent leurs usages des manuels. Il faudrait aussi en classe éviter de commencer par des questions faciles de constat pour aller vers des questions de généralité. Souvent on passe beaucoup de temps sur les premières et au moment de la correction seuls les bons élèves ont eu le temps de faire les questions de généralité et proposent la solution. Il faudrait leur faire expliciter comment ils ont trouvé la réponse.

 

Dans un des chapitres du livre, Séverine Kakpo enquête sur l’attitude des familles populaires sur les supports pédagogiques. Elle explique que l’école est vécue comme quelque chose de « diabolique » par une partie des familles. Là on est en plein dans l’actualité. Comment en est-on arrivé à ce décalage ?

 

Il faut d’abord préciser que c’est un article écrit il y a plus d’un an. Mais il montre l’incompréhension croissante de ce qui se fait l’école. Ce sentiment va de pair avec un fort sentiment d’injustice. On le constate aussi dans la vente des ouvrages du parascolaire qui sont à mi-chemin entre les nouvelles pratiques de classe et les anciens manuels. Leur succès dit quelque chose de la volonté de réussite scolaire des familles populaires et de l’idée qu’elles sont abandonnées par l’école. Les politiques éducatives devraient mieux faire comprendre aux enseignants que la moitié des élèves ne peuvent pas être aidés le soir par leurs parents. Ce livre veut à la fois mettre le doigt sur un élément de ce qui fait la difficulté scolaire et déculpabiliser les enseignants et les familles. Aux enseignants de mieux maitriser les supports et d’agir sur eux.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

Stéphane Bonnéry (dir), Supports pédagogiques et inégalité scolaires, La dispute, 2015, ISBN 978-2-84303-258-5

Le plaisir d’apprendre de Philippe Meirieu

J’ai acheté le livre et voici un extrait que j’apprécie particulièrement :

Aussi enseigner est-il une expérience fabuleuse dès lors qu’on décide d’en faire une occasion – une chance inouïe, à vrai dire !- pour quitter la posture du propriétaire. Il faut, pour cela, laisser notre rapport au savoir-être altéré par la situation de classe dans ce qu’elle a de plus vif : de plus exigeant et de plus imprévu à la fois, dès que nous sommes décidés à faire partager à toutes et tous le plaisir de comprendre. Il faut laisser nos élèves ébranler au quotidien nos certitudes académiques et didactiques. Il faut écouter, en nous-mêmes, l’élève que nous devons rester, interroger la pertinence et l’efficacité de notre propre démonstration. Il faut que  la question de l’intelligibilité et de la vérité de notre discours travaille concrètement et constamment notre activité d’enseignement. P 43 Le Plaisir d’apprendre Philippe Meirieu.

Une nouvelle question d’éducation : le bonheur

L’Ecole peut-elle ou doit-elle rendre les enfants heureux ?

Ce sont les questions auxquelles nos deux invités tenteront de répondre au cours de cette émission.

Antonella Verdiani, Docteur en sciences de l’education, Fondatrice du Collectif « Printemps de l’éducation », auteur de l’essai « Ces écoles qui rendent nos enfants heureux – Pédagogies et méthodes pour éduquer à la joie » (Actes Sud – Coll. Domaine du possible , sept 2012).

François Meroth, Président de l’association « les Amis et Défenseurs de l’Ecole Publique » (ADEP), en duplex depuis Chambéry, sa région.

Revoie l’école COMME EN ALLEMAGNE ET AU ROYAUME UNI
-L’école qui pourrait être le lieu où les élèves pourraient développer des « compétences » pour apprendre à vivre mieux , plus heureux !
-L’école dans laquelle les éducateurs seraient formés à la pédagogie de leur discipline bien sûr , mais aussi à la psychologie .
-L’école dans laquelle il y aurait des psychologues pour écouter les élèves et aider à construire des projets éducatifs prenant en compte les émotions des élèves qui sont déniées actuellement .

LE ROYAUMRE UNI A MIS EN PLACE DEPUIS LE MILIEU DES ANNÉES 2000 son programme SEAL « Social and Emotionnal ASpects of Learning  »
ON OUBLIE SEULEMENT QU’UN ENFANT NE REAGIT NI N’APPREND COMME UN ADULTE !!!
Depuis le milieu des années 2000 , le gouvernement du royaume uni a mis en place un vaste programme d’éducation au bonheur et de prévention de l’échec et des des violences scolaires (« anti bullying  » , le SEAL ou « social and emotionnal aspects of learning « , sur toute la durée du cursus scolaire , jusqu’à ce qui correspond chez nous au bac .
On trouve les brochures à l’intention des professeurs sur internet , ainsi qu’un très important matériel didactique (photos pour l’expression des émotions , videos …)

LIRE LA PRESENTATION EN FRANÇAIS :
http://www.ecole-et-relaxation.com/html/dossier-bonheur.html
extrait du site :
En Angleterre, le gouvernement a mis en place un programme éducatif qui vise à améliorer le bien-être émotionnel et la réussite des élèves britanniques et lutter contre l’absentéisme et la violence. Ce programme s’inspire en partie de la psychologie positive, des thérapies comportementales et des travaux de Howard Gardner (USA), théoricien des intelligences multiples.

Le programme est organisé en différents thèmes, tels que :
- Dire non à la violence
- Avoir des objectifs
- C’est bon d’être soi-même
- Les relations
- Les changements

En septembre 2007, alors que le gouvernement lançait un nouveau plan de 7 millions de livres par an (près de 8 millions d’euros) pour étendre le SEAL à l’enseignement secondaire, on évaluait ainsi la première partie qui avait fonctionné dans 60 % des écoles primaires :
L’impact global du programme a été jugé positif, avec des cours plus calmes, des profs criant moins et des elèves travaillant mieux. Ceux-ci ont développé de « bonnes manières » ; ils sont capables de jouer coopérativemrnt et sont davantage prêts à établir des relations avec les élèves d’autres milieux ou d’autres cultures.
Les enfants eux-mêmes disent que leur comportement a changé à la maison : ils rangent plus souvent sans qu’on leur demande et ils se disputent moins avec leurs frères et sœurs.
Les professeurs reconnaissent que le niveau de stress a diminué et que l’enthousiasme pour les étude a augmenté.

En Allemagne ,depuis l’expérience du proviseur FRITZ au lycée d’heidelberg certaines universités forment désormais les enseignants au GLUCKFACH (matière bonheur ), inspiré de la » psychologie et éducation positive « du professeur américain SELIGMAN

Votre commentaireNOS VOISINS EUROPEENS SONT ENTRÉS DANS UN PLUS VASTE DÉBAT DE SOCIÉTE SUR LE BONHEUR ET DONC , L’EDUCATION AU BONHEUR !

Les parents ne gardent qu’une image fantasmée de leur souvenir d’école et cherchent souvent désespérément à comprendre ce que leurs enfants y vivent .
Et ceux qui ne sont pas enfants ne se sentent pas concernés par les histoires de changements de programmes , de méthodes etc…

A QUAND UN VRAI DÉBAT SUR LES VRAIES QUESTIONS ?
COMME EN ALLEMAGNE ET AU ROYAUME UNI
-L’école qui pourrait être le lieu où les élèves pourraient développer des « compétences » pour apprendre à vivre mieux , plus heureux !
-L’école dans laquelle les éducateurs seraient formés à la pédagogie de leur discipline bien sûr , mais aussi à la psychologie .
-L’école dans laquelle il y aurait des psychologues pour écouter les élèves et aider à construire des projets éducatifs prenant en compte les émotions des élèves qui sont déniées actuellement .

Une nouvelle question d'éducation : le bonheur dans ecole et societe IMG_1859

Antonella Verdiani Geneviève Méric © Radio France

 

Invité(s) :
Antonella Verdiani, docteur en Sciences de l’education, Collectif « Printemps de l’education »
François Meroth, président de l’association ADEP (Amis et défenseurs de l’école publique)

Thème(s) :         Information| Découverte| Ecole| Education

une façon de voir l’éducation, une vraie révolution. L’être avant le savoir.

Encore des nouvelles intéressantes apportées par le site L’éducation joyeuse http://www.education-joyeuse.com/2012/11/une-interview-de-carl-rogers.html.

Plus j’enseigne, plus je sens que le centre n’est pas le contenu, le savoir, mais l’être, la relation avec l’élève. Le contenu est un support indifférencié, que ce soit celui-ci ou un autre, il n’y a pas de hiéarchie, car l’essentiel n’est pas dans la transmission d’un contenu particulier, nécessaire, il y a une façon d’être soi-même et mille façons de faire. Je sens que je vais en faire hurler plus d’un, mais c’est un sentiment fort, théorisé par Carl Rogers. A lire, dans le sens de Krishnamurti.

Une interview de Carl Rogers


Carl Rogers (Les enfants
ne sont pas des oies à gave
r), interviewé par Samuel Amégan, date et
traducteur inconnus
La réforme de l’enseignement est ou sera le souci numéro un de tous les pays développés. Or vous, Carl
Rogers, vous professeur, qui avez enseigné pendant tant d’années la psychologie
et la psychiatrie dans de très importantes universités américaines, vous dites au contraire : « Renonçons à tout enseignement. Ce qui peut être enseigné n’a aucune utilité, aucune influence sur le comportement, sinon dangereuse et
nuisible. » Comment en êtes- vous arrivé à une conclusion aussi paradoxale ?
Eh bien j’estime d’abord qu’enseigner est une fonction très surévaluée. Enseigner signifie instruire.
Cela ne m’intéresse pas d’instruire quelqu’un, de décider que telle et telle connaissance doit être inculquée, d’obliger autrui à savoir quelque chose. Trop de gens sont aujourd’hui guidés, dirigés. C’est une relation que je trouve
néfaste. Ensuite de quelles connaissances s’agit-il ? Quels sont ces faits sacro-saints, incontestables, qu’on souhaite à tout prix incruster dans de jeunes esprits ? La seule chose dont je suis sûr, c’est que la physique telle
qu’elle est enseignée aujourd’hui, et la chimie, et la génétique, et la sociologie, et la psychologie, et la plupart des disciplines seront complètement passées de mode dans dix ans. Même les faits historiques sont question de culture et d’époque. Nous nous trouvons actuellement dans une situation tellement évolutive qu’elle met en question tout l’acquis de notre culture.
Aucune connaissance n’étant plus certaine, la seule chose que nous puissions enseigner actuellement, c’est apprendre à apprendre.
Vous constatez que tout
change autour de vous. Et c’est à cette mobilité que vous voulezadapter
l’éducation, récusant tout l’acquis du passé ?
Écoutez, je pense à une expérience que je viens de faire en Australie il y a quelques mois. On trouve là
un groupe aborigène très intéressant qui depuis plus de 20 000 ans vit dans
environnement tel que n’importe lequel d’entre nous n’y résisterait pas trois
jours. Là, on apprend à chaque enfant à trouver de l’eau, à tuer le kangourou, à
se diriger dans la forêt. C’est grâce à cet enseignement répété que le groupe a
pu survivre. Mais l’environnement et reste statique. Alors que dans nos sociétés
avancées, l’environnement n’arrête pas changer. Notre seul but en enseignement
doit donc être : apprendre aux enfants à changer.
Quel bagage de connaissances
devrait posséder dans nos sociétés un enfant de seize ans ?
Il devrait en savoir long sur les moyens d’acquérir la connaissance et sur les processus qui lui permettront
tout au long de sa vie d’apprendre ce qui lui sera nécessaire. Aux États-Unis,
nous appelons une telle recherche, ou plutôt un tel processus de recherche, « conduct of inquiry ». Certains maîtres aident les enfants à s’intéresser à des problèmes et à trouver les méthodes pour les résoudre. Par exemple, un
professeur demande : comment l’homme pourrait-il survivre sur la Lune ? Aux
enfants de découvrir la réponse aux questions de nourriture, d’oxygène, qu’ils
soulèvent eux-mêmes. Ou bien on jette une pierre du haut d’un toit et la classe,
qui la voit tomber, cherche pourquoi elle tombe au lieu de s’envoler, etc.
Vous demandez à chaque enfant de redécouvrir tout seul la connaissance, d’être un petitNewton, un petit
Galilée ?
Pourquoi pas ? Les seules connaissances vraiment incorporées à l’intelligence, vraiment assimilées, sont
celles qu’on découvre soi-même. Des millions d’éducateurs savent ce que l’enfant
devrait savoir et si peu d’entre eux insistent pour lui donner une chance d’apprendre par lui-même !
Qu’entendez-vous par « par lui-même ? »
Un enfant passionné des moteurs par exemple se jettera sur tous les livres, traités, dessins satisfaisant son
besoin de comprendre les moteurs. Il s’arrangera pour se procurer le matériel
nécessaire, il apprendra à l’utiliser. De même l’enfant curieux des vers de
terre, ou de la bombe à hydrogène, ou des choses du sexe. Il essaie de se
procurer ce dont il a besoin, entre dans les librairies, dans les bibliothèques.
Voilà une connaissance active, expérimentale, qu’il n’oubliera plus jamais. Même
si le stimulus vient de l’extérieur, l’enfant qui découvre et comprend par
lui-même implique toute sa personne dans cette découverte et en reste imbibé. Le
rôle du maître est de faciliter à l’enfant cette façon d’acquérir des
connaissances.
Décrivez-nous l’enseignant
idéal, le maître tel que vous voudriez le voir dans chaque école et dans chaque
classe.
Cela m’est d’autant plus facile que toutes mes idées tournent autour du rôle que devrait jouer le maître. La
révolution viendra en éducation. Mais elle ne dépendra ni des diplômes des professeurs, ni de leurs connaissances, ni des programmes, ni des livres, ni des méthodes audio-visuelles, ni d’aucun progrès technique. Elle dépendra uniquement
du climat que saura créer le maître dans ses relations avec l’élève. Exactement comme le psychothérapeute, quand il est en conversation avec un de ses clients.
Ma définition du thérapeute est très large : est thérapeute celui qui aide au développement de la personne.
Quelle attitude devrait être
celle du maître qui essaie de libérer l’énergie de ses élèves ?
Eh bien je pense que l’enseignant doit être mature, il doit absolument dans tous les sens du terme
être soi-même, avec ses sentiments, ses réactions, sans jouer un rôle ni porter
un masque. S’il est en colère, qu’il le montre. S’il est joyeux, qu’il en fasse
bénéficier sa classe. S’il a envie de se taire, qu’il se taise. Qu’il accepte
comme siens tous ses sentiments, sans chercher à les imposer ni forcément à les
faire partager à ses élèves. Il ne doit pas être un tube stérile à travers
lequel passe la connaissance de génération en génération. Il doit être un homme
comme les autres, qui vit une expérience de groupe,
et la vit pleinement.
Vous comparez la classe à
une expérience de Groupe de formation (Training Group ou T Group), dans lequel
un ensemble d’individus donnés se rencontrent régulièrement et apprennent à
vivre ensemble, en s’exprimant et se connaissant de mieux en mieux ?
Oui et non. Je récuse le directivisme du Groupe de formation (T Group). J’estime que l’appellation «
Groupe de rencontre » (Basic Encounter Group) est mieux appropriée que groupe de
formation (T Group). Dans le T Group, on cherche à former des gens. Dans
l’Encounter Group on se rencontre et on vit librement une expérience, sans que
personne ait souci de vous former. Je pense que le professeur dans sa classe
doit faire une expérience personnelle, qui facilite celle de ses élèves, car à
force de s’exprimer et d’être lui-même, il incite par l’exemple les enfants à
s’exprimer et être eux-mêmes. Ainsi l’expérience vécue en commun cesse d’être
une classe, un cours magistral, mais devient une aventure enrichissante pour
toutes les personnes qui y participent, un mode de connaissance plutôt qu’un
répertoire de connaissances.
Pourquoi est-il si important
d’être soi-même ? Pourquoi voulez-vous tellement que le professeur s’exprime
tout entier dans son enseignement ?
La réponse vient de mon
expérience en psychothérapie : il me semble que ce que chacun souhaite le plus
profondément, c’est être lui-même et être accepté par les autres tel qu’il est.
Donc le maître n’a pas besoin de savoir beaucoup de choses. Il suffit qu’il soit
lui-même, et qu’il considère ses élèves comme des personnes indépendantes, qu’il
faut respecter dans leur intégralité.
Cela suffit-il à créer un
climat propice à la recherche de la connaissance ?
Oui. Je pense que si le maître possède seulement des connaissances, et n’aide pas au développement de la
personne humaine, il est inutile et destructeur. Le véritable maître pose les problèmes, crée un environnement où la responsabilité de chacun est à même de se développer et aide les élèves dans des recherches dont, stimulés par lui, ils ont pris l’initiative.
Vous refusez au maître le
pouvoir de juger et d’apprécier la valeur de l’élève ?
Le maître ne juge pas l’élève, il ne lui dit pas : ceci est bon, cela est mauvais. Il lui donne l’impression
qu’il le comprend de l’intérieur et que les échecs autant que les réussites font
partie de l’apprentissage de la connaissance. Je suis violemment opposé à tout
système d’examens et de diplômes. Mais je ne suis pas forcément hostile à la
notation. Seulement celui qui attribue les notes, ce n’est pas le maître, c’est
l’élève.
Comment cela ? L’élève se
note lui-même ?
Je vous répondrai par l’exemple
d’une jeune institutrice de classe élémentaire, Barbara Shiel. Je ne la connais
pas, son expérience m’a été rapportée par un de mes assistants. On commence à
voir surgir aux États-Unis dans les écoles ce genre d’expériences individuelles
qui prouvent que les nouvelles idées font leur chemin. Miss Barbara Shiel
affrontait une classe mixte de trente-cinq enfants de onze ans. Elle ne
connaissait rien aux méthodes nouvelles, mais la classe était particulièrement
difficile. N’en venant pas à bout, l’institutrice a l’idée d’essayer une
approche non directive. Un jour elle dit : faites tout ce que vous voulez. Et
les enfants ont peint, lu, fait du calcul ou de l’histoire, si contents de
travailler sans y être forcés qu’ils ne songèrent même pas à retourner chez eux.
Miss Shiel décida de prolonger l’expérience une semaine, un mois, puis toute
l’année (…). Une fois le climat propice créé dans la classe grâce aux
relations personnelles que le maître a su établir avec ses élèves, toutes les
voies et méthodes techniques seront utilisées avec profit. Par exemple,
j’apprécie beaucoup la simulation d’une situation historique, d’un conflit
social, etc. On peut faire jouer les enfants à résoudre un problème familial, ou
un problème d’éducation. L’un est le maire de la ville, l’autre le ministre de
l’Éducation, l’autre le superintendant ou le proviseur, et il s’agit de voter de
nouveaux impôts pour des constructions scolaires ou le recrutement de nouveaux
professeurs. Chaque élève, dans la peau de son personnage, doit trouver des
arguments pour défendre son point de vue. Il est impliqué dans un réseau de
relations humaines et sociales, il apprend le poids des responsabilités qui
accompagnent sa décision et tout cela aide à développer sa pensée critique.
Quelles sont selon vous les
autres méthodes nouvelles présentant également de l’intérêt ?
L’enseignement programmé est
excellent dans la mesure où l’enfant se rend mieux compte de ses lacunes, et où
son effort personnel est récompensé immédiatement bien plus efficacement que par
les punitions ou jugements des professeurs. À n’importe quel niveau, l’enfant
qui souhaite savoir utiliser un microscope ou un peu de français pour passer
trois mois en France, peut trouver un programme limité qui lui fournit les
informations dont il a besoin immédiatement pour résoudre un problème. Il ne
s’agit pas de faire de l’enseignement programmé une voie de connaissances
purement factuelle qui stériliserait la créativité, mais un instrument souple
mis à la disposition des éducateurs.
Comment former les
éducateurs sensibles et non directifs que vous souhaitez voir se multiplier ?
Je pense que la formation pédagogique devrait inclure l’apprentissage des groupes dont nous avons déjà
parlé. Qu’il s’agisse du T Group, du Laboratory Group, du Sensitivity Training
Course, du Basic Encounter Group, le label importe peu, mais l’entraînement est
très efficace. Dans ces groupes, dirigés par un animateur, on commence par
bavarder, puis chacun tend à s’exprimer plus personnellement, spontanément,
librement. Peu à peu, les façades tombent, les défenses ne sont plus
nécessaires, chacun révèle ses sentiments enfouis et découvre ceux des autres.
L’environnement devenant bienveillant, il n’est plus dangereux de s’exprimer
sans fard. Cette liberté accroît l’indépendance de l’individu et lui fait mieux
accepter celle d’autrui.
Cela semble utopique, que
parmi les critères d’aptitude des enseignants, l’ouverture aux relations
humaines puisse se substituer un jour à l’accumulation des connaissances.
Pas tellement utopique. Une école élémentaire de l’Ouest a rendu obligatoire pour tous ses professeurs
l’expérience d’un T Group. Maintenant, lorsqu’un problème surgit dans une classe
de cette école, maîtres et élèves forment un groupe qui cherche à résoudre le
problème. Élèves, professeurs et administrateurs sont arrivés, du moins dans
cette école, à créer un climat psychologique qui les aide à prendre conscience de la réalité des choses et
à rester sensibles et ouverts au changement.
Combien de temps faudrait-il
pour réformer de cette façon tout le système éducatif dans le monde entier et
triompher des résistances ?
En ce qui me concerne, je m’attaque sérieusement au problème, et espère recevoir bientôt des subsides de
l’Éducation nationale me permettant de mener à fond une réforme de tout le
système primaire et secondaire dans une ville donnée — et peut-être à La Jolla
en Californie, où j’enseigne actuellement au Western Behavioral Sciences
Institute.
Comment vous y prendrez-vous
pour instaurer vos méthodes dans toutes les écoles d’une grande ville ?
D’abord je ferai se rencontrer les gens. Je commencerai pas les administrateurs (vous diriez ici les
fonctionnaires). J’arriverai à ce qu’ils se connaissent mieux, expriment
davantage ce qu’ils ressentent, prennent contact en tant que personnes et non en
tant que rôles, communiquent plus harmonieusement les uns avec les autres,
perdent leur agressivité, s’ouvrent au changement. Puis je recommencerai avec
les professeurs, de la même façon. Ensuite avec les parents et trustees des
écoles. Dans un deuxième stade, je poursuivrai l’expérience à travers un groupe
d’une dizaine de personnes, mais en mêlant deux par deux professeurs et
administrateurs, élèves et parents d’élèves. Je veux à tout prix éviter la
coopération superficielle entre parents et professeurs, qui me semble
inefficace. Ce que je souhaite, ce sont des communications réelles. J’espère que
cet entraînement fera tache d’huile, chaque membre du groupe de base devenant à
son tour animateur d’un nouveau groupe.
Ainsi travaillerai-je à
l’intérieur du système pendant toute une année académique, espérant que notre
expérience servira de catalyseur et sera imitée un peu partout.
Vous êtes fondamentalement
optimiste pour croire ainsi qu’on peut amener les gens à se réformer, uniquement
parce qu’ils se sont rencontrés et mieux compris.
Mon expérience thérapeutique m’a inculqué une confiance sans limites dans les possibilités de l’homme. Les
tendances diaboliques existent, je le sais, bien qu’on me reproche souvent de ne
pas en tenir suffisamment compte. Peut-être si j’avais souffert autant que vous,
Européens, mon attitude serait différente. Mais je suis Américain. Et j’ai
constaté que pour horribles que puissent être les gens, plus on s’approche
d’eux, plus on découvre en eux des tendances constructives, autorisant
réellement l’espoir.

Un livre sur l’éducation à lire

Des nouvelles du site http://education-joyeuse.blogspot.fr/ qui propose une lecture intéressante sur la liberté en pédagogie qui peut être un prolongement à l’émission sur france 3 L’école est-elle dépassée? http://education-joyeuse.blogspot.fr/2012/11/csoj-education-avec-m-serres.html

 

Selon Noam Chomsky, tout être humain porte en lui un “instinct de liberté.” Et si ce dernier n’est pas
contrarié, il peut agir contre les forces qui l’oppriment. De son point de vue, le rôle de l’éducation n’est pas de former dans une perspective de contrôle, d’obéissance, de domination, d’accumulation et de profit matériel mais plutôt
dans une optique de liberté, de création, de citoyenneté, d’égalité, de partage et de solidarité. Le rôle de l’éducation est d’éveiller, de stimuler, de rendre libre et de garantir aux enfants un environnement riche et favorable à leur épanouissement.

 

Un livre sur l'éducation à lire dans lectures motivantes 41gPHBG9QrL._SL500_AA300_

Qu’est-ce qu’un éducateur?

 

J’ai lu cet article L’éducation, un chemin vers le clair-joyeux

dimanche 4 décembre 2005, par René BARBIER

http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/article.php3?id_article=521

Je le trouve vraiment très éclairant sur la notion d’enseigner, très proche d’ailleurs de Krishnamurti dont je parle souvent dans ce blog sur l’art d’enseigner, l’art de vivre tout court. Car enseigner avant tout c’est indiquer les chemins, ou un chemin possible pour vivre, pour s’épanouir. L’enseignant n’est pas spécialisé dans une didactique bien rôdée et close, mais doit être un généraliste qui peut montrer des voies possibles pour créer une vision poétique et créative de l’existence.

 

Vous évoquez la question de l’écoute
de l’autre. Le sens de l’écoute est souvent perdu très tôt dans la vie, et un
des rôles de l’éducateur est probablement d’aider à retrouver ce sens si
essentiel. L’éducation est trop souvent du dressage. Y a-t-il possibilité d’une
relation authentique entre l’éducateur et les personnes qu’il a en charge ? Au
fond, quel est le rôle de l’éducateur, si l’on prend ce terme dans son sens le
plus étendu ?

Cette question est centrale. Evoquer le rôle de l’éducateur revient à définir l’éducation. Sur un plan étymologique, ce terme
possède deux sens. Le premier signifie « nourrir, prendre soin ». Si l’on remonte à Philon d’Alexandrie, il s’agit de prendre soin de l’être. Nourrir, c’est élever la personne, au sens de permettre à la personne de s’épanouir par  l’intermédiaire d’un certain nombre d’aliments spirituels, symboliques, et matériels. Le deuxième sens est « conduire hors de ».

Le pédagogue, si l’on se place dans la tradition même de l’éducation, conduit hors des sentiers battus et permet à la personne de
découvrir des chemins à explorer, d’aller vers un plus-être. Dans la tradition chinoise, par exemple, l’éducation est la formation de l’homme de bien, de celui qui possède la vertu d’humanité (ren). Ces termes sont bien sûr à actualiser pour notre société moderne, mais il est
important à mes yeux d’avoir une préoccupation de finalité, de permettre à un être de découvrir en lui-même, grâce à l’éducation, des dimensions de son être en évolution permanente vers quelque chose qui s’élargit. C’est pourquoi je suis assez critique à l’égard de toutes les spécialités. Un éducateur n’est pas un spécialiste, mais bien un généraliste, ayant la capacité de faire des
sauts analogiques, parfois étonnants ou dérangeants, entre des champs de connaissance très différents. J’envisage l’éducation sous l’angle de savoirs pluriels, aussi bien dans les sciences de la nature que physiques ou humaines, art et spiritualité.

On me rétorquera qu’il s’agit là d’un savoir encyclopédique, mais ceci est réducteur. Le problème n’est pas de connaître
tout, mais de bénéficier d’une sensibilité qui permette d’indiquer à son élève des orientations, des lignes de recherche : conduire au sens de proposer des voies : « là, tu peux aller voir pour trouver des réponses à tes questions ». Etre un informateur performant. Et se situer dans la transdisciplinarité. Voici un des aspects de l’éducation, l’autre étant la connaissance de soi.

Deux pôles se présentent donc : celui des savoirs pluriels, et celui de la connaissance de soi.

Chez l’éducateur qui travaille avec le « s’éduquant », comme disent les canadiens, afin qu’il puisse aller vers le plus grand large de lui-même, le dialogue entre les deux pôle se fait sans cesse. Mais l’éducateur aussi est un « s’éduquant » en permanence. Il n’est pas dans un état stable, mais dans une mouvance où lui-même s’enrichit des savoirs pluriels et de la connaissance de soi. Le pôle des savoirs pluriels vient poser les questions au pôle de la connaissance de soi, et celle-ci fait appel à des expériences personnelles, des flashes expérientiels par lesquels nous rencontrons une réalité autre, inconnue jusqu’alors. Un autre niveau de compréhension naît alors. Mais il demande aussi à être interrogé, afin d’éviter à cette connaissance nouvelle de se stériliser, de se transformer en un « je sais ». Les sciences humaines, les sciences du comportement, les neurosciences viennent questionner cette toute-puissance individuelle que l’on peut avoir du
fait d’une « expérience » majeure. L’inverse est tout aussi important : la connaissance de soi, par le regard autre sur la réalité, interpelle le côté rigide et rigidifiant de toute science, dont la tendance est de clore et blinder ses frontières.

Le dialogue entre les deux pôles est animé par la méditation, c’est-à-dire cette capacité à accueillir le silence en soi-même, dans la tranquillité : silence sur les concepts, les images, de façon à rencontrer en soi un vide. Ce vide est plein, créateur, et anime sans
cesse spontanément de nouveaux questionnements, et donc notre faculté d’éducateur.

 

Graphique extrait de René Barbier : « l’éducateur
comme passeur de sens », Bulletin Interactif du
Centre International de Recherches et Études transdisciplinaires n° 12 – Février
1998
,

Résister et proposer

Je suis en train de lire La place de l’élève à l’école de Pierre Frackowiak, cela mérite le détour.

Il fustige la politique néo-libérale du pilotage par les résultats qui est un démantèlement annoncé du service public de l’enseignement.

MAIS il dit aussi qu’il est urgent de trouver un plan national pour redonner aux maîtres, aux professeurs le goût, le dynamisme de transformer la société par l’éducation. École-entreprise, adieu la pédagogie. La question des missions de l’école prime sur la revendication des moyens.

Je suis sûre de cela, depuis que j’ai un projet éthique, que je donne un vrai sens à ma pratique, la vie en classe n’est plus subie, mettre l’élève comme sujet au centre du système libère le maître. Avoir une vision active de la société que l’on souhaite est une vraie libération.

Je suis très choquée, quand des amis  pourtant de gauche, qui sont de toutes les manifestations, me disent :

- Mais tu ne notes plus tes élèves! C’est les nourrir d’illusions, ils seront confrontés de toute façon au système, à la société libérale, concurrentielle.

- Justement avec vos belles théories, vous ne faites rien, vous appliquez et modélisez ce que vous exécrez! Quel paradoxe. Évaluez par compétences, c’est mettre l’idéal démocratique en application, mettre l’élève comme sujet pensant au centre de la pédagogie c’est  incarner l’égalité. Les illusions sont vos mots progressistes, le leurre c’est vous, qui une fois que l’on vous accorde une proposition innovante, révolutionnaire contre l’héritage de la pensée du 19ème siècle, appelez à garder le système obsolète au nom de la société ultra-libérale, individualiste.

Arrêtons d’addhérer nous-mêmes au cynisme élitiste,  à l’hypocrisie de « l’égalité des choses », qui est en fait une belle façade pour créer une compétition permettant au « mérite d’émerger », arrêtons les envolées lyriques, certes l’école ne peut pas tout, mais elle peut quelque chose.

Posons-nous des questions sur le plan philosophique, éthique,  moral et surtout pédagogique qui porte en elle une idée de l’Homme et de la Société.

Je me suis longtemps demandée pourquoi en faisant une formation de didactique du français, au fond de mon je n’adhérai pas, pourquoi j’éprouvais un malaise important, pourquoi au fond de moi s’élève la voix de la dissidence. Frackowiak reprend les définitions de Francis Danvers et éclaire d’une façon fulgurante mon malaise : p 163

« La prééminance de la didactique (…) permet de dénier la pédagogie ».

Ouf, je sais maintenant pourquoi je suis autant réfractaire, et pourquoi je me tue à dire qu’il faut avant de s’intéresser aux micro-gestes avoir une vision d’ensemble, sinon tout professionnel geste aussi élaboré soit-il, dont se gargarisent les didacticiens n’est qu’une coquille vide de sens, qui ne peut absolument pas être réellement efficace en formation.

Franckowiak, Meirieu, je suis décidemment passée de l’autre côté en suivant deux ans de didactique pure. Ironie, ou parcours individuel d’un professeur qui essaie de réfléchir et de se donner des solutions?

Deux penseurs à retenir A.Jacquard et D.Hameline

J’ai trouvé une assez vieille édition L’école et les parents à la bibliothèque municipale coordonnée par Meirieu. Avec un magnifique texte d’Albert Jacquard. J’aime quand il pense l’éducation de la société. Comment faire de l’Ecole un lieu créateur d’humanité?

 » Hors de la réussite scolaire, point de salut !  » (Comment faire de l’école un lieu créateur d’humanité ?) Beaucoup de parents attendent de l’école qu’elle fasse de leurs enfants des  » gagnants ». Il faut alors assumer cette évidence : si leurs enfants gagnent, beaucoup d’autres vont perdre. La structure du système éducatif est nécessairement le reflet d’un projet de société.

« Etre en comptétition , cest vouloir l’emporter sur l’autre, c’est donc ne plus vouloir échanger avec lui, c’est le tarir en tant que source de soi… La seule attitude vraiment utile est celle non de la compétition, mais de l’émulation. (…)

Loin d ‘être le lieu de ressourcement, l’école d’aujourd’hui est utilisée pour assurer la continuité des comportements agressifs de génération en génération (…) Les réflexes du corps enseignant sont révélateurs d’un système éducatif affecté à la préservation de la structure sociale.

« Enseigner à tous les hommes l’art de la rencontre ».

Il ya aussi Daniel Hameline

 » Assez de pédagogie…qu’on travaille enfin !  » (Comment y voir clair dans un vieux débat ?) Faire apprendre : une activité contradictoire : Faire apprendre quelque chose à quelqu’un c’est l’engager dans un double mouvement contradictoire. C’est le stabiliser dans la confiance en soi et c’est le déstabiliser dans la méfiance à l’égard de soi. Faire apprendre quelque chose à quelqu’un, c’est l’encourager à se développer à partir de soi et de son propre chef. Faire apprendre quelque chose à un élève, c’est aussi lui apprendre à s’évaluer.

Hameline parle du développement du programme premier (Potsman) et du désarroi des enseignants qui ne proposent qu’un programme second qui n’est plus le premier dans la hiérarchie du plaisir d’apprendre. L’école doit réinventer le programme second, et c’est grâce au champ de l’explication. L’école doit expliquer et cela se fait par le bricolage pédagogique, loin de recettes uniques et dogmatiques, mais  par l’explication par les petits moyens.

Il y a urgence, plus le temps de tergiverser…..Frackowiak

L’expresso du 29 NOVEMBRE

Un auteur qui a voulu rester longtemps dans un discours, non blessant pour ne pas heurter les professeurs, mais qui lance maintenant un cri d’alarme. Il y a urgence, il n’est plus temps de faire dans la dentelle pour ne pas froisser les suceptibilités de chacun. Il faut que tout le monde s’y mette, pour transformer l’enseignement en formation. C’est une vraie révolution, mais peut-on réllement en faire l’économie?

Une interview prise dans le café pédagogique, un livre que j’ai envie d’acheter rapidement.

Je vous dirai alors si cela vaut le détour.

Frackowiak : « Aucune réforme ne pourra réussir si l’on ne met pas l’élève au cœur du système » 

Son premier livre, « Pour l’école du futur », était un livre de colère contre  » l’entreprise de destruction de l’école publique » de la droite et une certaine absence de la gauche. Le nouvel ouvrage de Pierre Frackowiak pose les conditions de la reconstruction. Il invite à remettre l’élèves au centre de l’école mais pas un élève artificiel. C’est l’enfant dans sa complexité et sa personnalité qui doit être reconnu.

Quel projet pour l’école en 2012 ? Pierre Frackowiak propose des leviers pour changer l’école. Changer de regard sur ses acteurs d’abord. Changer de programmes aussi et abandonner les « nouveaux vieux » programmes. Faire évoluer le métier d’enseignant. Donner toute sa place à la pédagogie. Même si l’ouvrage règle quelques comptes (les évaluations controles, quelques anciens collègues de l’inspection, quelques ministres récents), il se termine par cette vision d’un chantier pour l’Ecole. Un objectif pour 2012 ?

Selon vous, qu’est-ce qui caractérise ce nouvel ouvrage par rapport à vos livres précédents et à d’autres livres sur l’école ?

Il y a urgence, plus le temps de tergiverser.....Frackowiak dans lectures motivantes frack01C’est un livre de vérités. Ceux qui lisent mes écrits ou qui assistent à mes conférences savent que je ne suis pas un adepte de la langue de bois et que je dis et j’écris toujours ce que je pense. Ils savent aussi que je connais très bien l’école et les enseignants, beaucoup mieux que bien d’autres auteurs, experts ou prétendus experts qui n’ont jamais mis un pied dans une école depuis qu’ils l’ont quittée comme élève. Pourtant, pour des raisons diverses, complexes, j’ai tendance à atténuer la description des réalités, à modérer les jugements, à rechercher des explications voire des excuses pour chacun des acteurs de l’éducation. Sans doute par respect, sans doute parce que je sais que l’institution, ses responsables, ses cadres réduisent toujours la liberté d’agir, sans doute parce que je sais que chacun fait ce qu’il peut sur le terrain dans des contextes de plus en plus difficiles, sans doute parce la société s’est habituée au règne de l’apparence et qu’il devient difficile d’aller à contre courant, j’étais, moi aussi, prudent ou en deçà de la « vérité vraie ». Et je crois que le fait de toujours atténuer la réalité empêche de la changer. On procède par retouches alors qu’il faut une réforme fondamentale…

Quelles vérités estimez-vous nécessaire et possible de révéler ?

Pas de révélations. Des vérités que tout le monde a plus ou moins au fond de lui-même mais que l’on n’ose pas dire par peur ou parce que l’on ne veut pas les dire, par exemple, pour ne pas perdre de voix aux échéances électorales, pour ne pas déranger l’ordre établi. Prenons des exemples : tout le monde sait que les enfants s’ennuient de plus en plus à l’école et comprennent de moins en moins les savoirs scolaires. Au collège, le phénomène prend des proportions alarmantes. Qui le dit ? Pourra-t-on changer l’école si on ne le dit pas ? Les profs sont malheureux et n’ont pas de perspective. Les parents n’ont toujours pas trouvé leur place à l’école. L’aide individualisée ne convainc personne. Le pilotage par les résultats est un non sens reconnu. Etc, etc… On ne changera rien au fond si l’on ne dit pas la vérité. On va à l’encontre des intérêts des élèves, des enseignants, des parents, de la Nation, si l’on nie ou si l’on déforme la réalité

Ce nouvel ouvrage aborde l’école sous un autre angle : celui de la place de l’élève à l’école. Dans la loi sur l’éducation de 1989 on précisait que cette place était « au centre ». Cela a-t-il réellement été le cas ? Où est-elle aujourd’hui ?

Malgré les efforts, l’engagement, d’une certaine proportion des enseignants, pas tous, le concept généreux, pertinent, n’a pas été réellement mis en œuvre. C’est encore un domaine où il faut dire la vérité. Cette mise en œuvre n’a pas été soutenue, accompagnée, régulée. Elle a été combattue, abandonnée en 2005/2007, scellant la victoire du conservatisme, laissant la voie à toute une série de mesures régressives dont nous mesurerons bientôt la nocivité. Il faudra pourtant y revenir, pour les raisons que j’explique dans mon livre.

Comment expliquer cette situation ? Qu’est ce qui empêche d’accorder une place centrale à l’élève ?

frack02 dans lectures motivantesEncore une question où nous avons besoin de vérité. Nous nous heurtons à l’idée multiséculaire que ce qui est au centre, c’est le savoir scolaire, les contenus des disciplines cloisonnées, figées, choisies arbitrairement pour certaines, depuis une éternité, et leur transmission par les professeurs. L’élève n’est pas un acteur de ses apprentissages, de la construction de ses savoirs et de ses compétences, un citoyen en formation, c’est un sujet, un récepteur, que l’on rêve docile et attentif. Cette transmission se fait par un modèle unique, éternel, universel, incontestable : présentation et explication du maître, exercices d’application, devoirs du soir, contrôle, notation, classement… Modèle qui dénie la pédagogie, justifie la disparition de la formation des enseignants, etc. L’attachement à ce système complètement obsolète est tellement fort qu’il dépasse tous les clivages politiques, qu’il est admis comme évident par les citoyens sous-informés sur les questions d’éducation, qu’il peut s’appuyer sur les corporatismes. L’élève, l’enfant, le jeune, ne peuvent pas réellement exister, vivre, apprendre dans ce système périmé. Ils s’ennuient, se rebellent, chahutent, perturbent… appellent au changement sans être entendus et en n’ayant pour seules réponses que la sanction et l’autorité.

Le socle commun prévu par la loi de 2005 a pourtant comme objectif de se soucier des acquisitions des élèves. Quel regard jetez- vous sur lui ?

On pourrait considérer le socle commun comme un progrès par rapport aux « programmes sommaires de manuels » classiques… s’il était mis en œuvre dans sa totalité, c’est-à-dire y compris avec ses piliers qui concernent les compétences non-disciplinaires. Elles sont ignorées, on n’évalue qu’en français et en maths. En fait le socle, comme le projet d’établissement, est dans le tiroir, on en parle lors des réunions, il n’entre pas dans les pratiques qui restent dominées par les logiques disciplinaires. C’est une caractéristique de notre pays. On parle de valeurs, de finalités, de formation du citoyen et on ne met jamais en relation explicite, lisible, les valeurs, les finalités et les pratiques au quotidien en classe ou dans la vie de l’établissement… Par ailleurs, considérant qu’il faudra changer les programmes, il faudra repenser le socle en n’oubliant pas, pour reprendre une expression de mon ami Philippe Meirieu, la statue pour tous, qui donne son sens au socle.

Vous évoquez la souffrance des enseignants. Comment l’analysez-vous ? Résulte-elle de l’évolution des élèves, de celle de la société ou de l’école ?

Les enseignants souffrent d’abord parce qu’ils ne perçoivent pas la place de l’école, et donc leur rôle, leur mission, dans la construction de la société du futur. Personne ne met leur action en perspective. C’est la question du sens de leur métier. Cela les conduit à se replier derrière les boucliers disciplinaires, à se réfugier dans les pratiques qu’ils ont vécues, à s’isoler, pour certains, à tenter de survivre. Ils sentent confusément le décalage entre la société de la connaissance, l’explosion des savoirs de l’humanité, le fantastique développement des moyens de diffusion de ces savoirs hors de l’école, les appétits de savoirs des élèves, des avoirs absents des programmes, et la règle « une heure, un cours, un groupe, une discipline, une salle ». Ils sont seuls face au principal ou à l’inspecteur. Ils subissent un développement incontestable de l‘autoritarisme et du poids de paperasse inutile… Ils essaient, ils font ce qu’ils peuvent, mais ils se découragent et perdent l’enthousiasme nécessaire à ce métier ; Ils mériteraient autre chose, un langage de vérité, une réelle concertation, une redéfinition de leurs missions, de nouvelles conditions de travail, un nouveau contrat avec la Nation.

Vous jetez un regard très critique sur l’inspection à laquelle vous avez appartenu. Que lui reprochez-vous? Comment voyez-vous son avenir ? Le système éducatif a-t-il besoin d’évaluer ses agents ?

Oui. Je suis déçu et inquiet pour un corps auquel j’ai appartenu avec fierté 30 ans. D’abord, parce que dans le nouveau contexte imposé par le pouvoir, ils se sont rapidement conformés pour se couper des enseignants. Les pratiques d’inspection étaient déjà vieillissantes et avaient besoin d’être repensées. Leur caractère autoritaire a été renforcé : exigences contraires à la liberté pédagogique, contrôle, « administratisation », « technicisation », des tonnes de papier présentées comme des outils alors qu’elles sont des instruments d’oppression, au nom d’une loyauté/obéissance dont on n’avait jamais autant parlé (notamment pas en 1989). Même s’ils s’en défendent, ils sont devenus des contrôleurs. L’urgence était de mettre au point un code de déontologie, une réflexion concertée sur les missions et les pratiques. Seul le syndicat minoritaire s’y est engagé. Par ailleurs, leur adhésion sans réflexion préalable, sans concertation, à la notion de pilotage par les résultats, transposition du monde de la banque et de l’industrie à l’éducation, est une erreur qui coûte déjà cher. Piloter sans cap, sans carburant, sans outils, avec cette incapacité de mettre les résultats en relation avec les pratiques qui les produisent est de nature à détruire le corps. Les enseignants ont besoin d’être accompagnés, de travailler dans la confiance, de pouvoir exprimer leur intelligence individuelle et collective. J’explique que l’évaluation du système et du personnel, qui est nécessaire, doit être repensée. Dans l’urgence, les inspecteurs auraient besoin de prouver qu’ils sont des pédagogues en mesure d’aider les maîtres ; En tous cas, il faudra bien chercher les responsabilités de cette dégradation, car je doute que tous les inspecteurs se délectent du pilotage.

Vous posez aussi la question de l’évaluation, qui est revenue dans l’actualité avec la pétition de l’Afev. Que pensez-vous de la suppression des notes au primaire? Le système éducatif peut-il se passer d’évaluations nationales et internationales ?

Aujourd’hui, on n’évalue pas, on contrôle. On confond le contrôle des performances dans deux disciplines avec l’évaluation du système. On prétend repérer les lacunes, les carences, les manques et les compenser avec le mirage de l’aide personnalisée. Or l’élève n’est pas une automobile : le concept panne/réparation ne fonctionne pas. La panne trouve ses racines bien en amont de l’exercice d’application et de contrôle. Elle exige un lent processus de remises en situation de construction d’outils mentaux, de construction de notions qui ne peuvent se réduire à des louches de soupe supplémentaire pour ceux qui vomissent dès qu’ils en sentent l’odeur. Tout le monde sait cela, mais on sauve, là encore, des apparences.

Vous êtes très critique sur les neurosciences, les tice. Votre ouvrage ne risque-t-il pas d’apparaitre passéiste ?

Pas du tout. Je suis très intéressé par les neurosciences. J’ai appris beaucoup en étant invité, en tant que pédagogue, dans de grands colloques de généticiens, de pédopsychiatres, de psychologues, etc. j’ai pu d’ailleurs observer de grandes différences d’approche entre eux. Ce qui me choque, c’est que l’on utilise les travaux de certains d’entre eux, pas du tout majoritaires d’ailleurs, pour justifier de terribles marches arrière. C’est quand même amusant que l’on puisse dire au nom des neurosciences mal digérées que les pédagogues progressistes actuels sont dépassés et que, par conséquent, il faut revenir à 1923. 1923 étant évidemment moins dépassé que 1969 ! G. de Robien avait déjà fait le coup avec le b-a ba.

Quand aux TICE, j’en suis un fan et mon petit fils me forme efficacement. Mon problème, et le ministre vient à nouveau de le prouver, on tend à faire penser que la technique va sauver l’école. Ce qui est idiot et dangereux. Le passage du porte au plume au stylo n’a rien changé des pratiques pédagogiques. Le passage du tableau noir au TBI risque fort de renforcer le modèle de la transmission, mieux illustrée, que j’évoquais précédemment. Or c’est ce modèle qu’il faut changer. Il n’y aura pas de révolution par le numérique s’il n’y pas une formation, non pas à l’usage des TICE (j’ai appris sans stage) mais à la pédagogie : comment un élève apprend ? Comment la technique peut-elle favoriser la construction d’outils mentaux, le développement de l’intelligence ?

Il y a un point qui semble poser une nouvelle fracture, c’est celle du collège unique et l’avenir du collège en général. Quelle est votre position là dessus ?

Nous payons très cher l’erreur historique d’avoir imposé la généralisation des contenus et des pratiques du petit lycée napoléonien élitiste à l’ensemble d’une classe d’âge entrant en 6ème, plutôt que l’école fondamentale de 6 à 16ans. D’autant plus que personne n’avait été formé à la pédagogie différenciée, à la gestion de l’hétérogénéité. D’autant plus que l’on a été incapable de régler le problème de la rupture école /collège, malgré les injonctions, les incantations, les réunions, les circulaires,… Le procès de l’amont encore massivement en vigueur ne permet pas de travailler en équipe.

J’observe que l’idée d’école fondamentale, que j’appelle l’écollège, fait son chemin à gauche comme à droite et que des institutions fort respectables et non révolutionnaires plaident pour le collège unique et pour une école de la scolarité obligatoire. Il serait temps de construire plutôt que de replâtrer.

Vous donnez une place importante dans votre livre aux mouvements pédagogiques (CRAP, ICEM Freinet, GFEN, etc). Pourquoi ?

1° parce qu’ils sont en danger alors qu’ils sont les fers de lance de l’innovation, de la recherche action, de la mobilisation des équipes, de la pensée pédagogique

2° parce que leurs travaux constituent une richesse formidable dans laquelle il suffit de puiser pour construire une autre école pour le 21ème siècle,

3° parce que la mise en perspective de ces travaux avec le projet de société porté par les mouvements d’éducation populaire comme la Ligue de l’Enseignement peut être une solution aux problèmes d’aujourd’hui

Je les remercie de m’avoir fait l’honneur d’écrire une contribution pour ce livre.  

Vous montrez que le discours sur l’école échappe un peu au clivage droite – gauche. Est ce un motif d’espérer ?

frack03Il n’y échappe pas pour l’heure, hélas. Mais je rappelle qu’il a fallu environ 80 ans pour que l’école de Jules Ferry se construise, se développe, puis s’épuise et meurt. 80 ans de relatif consensus. En tous cas, une remarquable continuité républicaine. L’école de J. Ferry est morte, La nouvelle école n’a pas encore réussi à s’imposer malgré 30 ans environ (de 1870 à 2002) d’efforts. Elle a été balayée d’un revers de main sans évaluation sérieuse (voir les programmes). Il faudra réparer les dégâts et faire du neuf. Il est impossible de construire un système éducatif moderne, pertinent par rapport aux enjeux d’une société humaniste du futur, en 3, 5 ou même 10 ans. Il faut au moins une ou deux générations, il faut s’inscrire dans la durée et donc transcender les alternances électorales et politiques. L’un des objectifs majeurs sera de trouver des points d’accord pour le long terme autour de notions clés prenant en compte le développement de la société de la connaissance et l’éducation tout au long de la vie, avec un choix de société pour les 20 ou 30 ans qui viennent. Utopie ? Peut-être, mais il y a des signes positifs. J’en parle dans mon livre.

Pour « reconstruire » l’école, par quoi faut-il commencer ?

Toute l’histoire contemporaine de l’école prouve qu’aucune réforme ne pourra réussir si l’on ne met pas l’élève au cœur du système et si l’on n’agit pas sur les leviers essentiels, trop souvent évités :

          s’accorder sur une vision du futur sans calcul partisan ;

          s’imposer un regard positif sur les élèves, les enseignants, les parents ;

          changer fondamentalement les programmes et garantir l’articulation finalités / objectifs / programmes ;

          changer les structures, les missions des enseignants ;

          agir sur l’espace, le territoire, et sur le temps, la durée ;

          donner toute sa place à la pédagogie.

Il s’agit là de bases indispensables pour une refondation de l’école à l’horizon 2030. Ces six leviers pourront par ailleurs servir de grille de lecture des projets éducatifs élaborés dans la perspective de 2012.

Pierre Frackowiak

frack04L’ouvrage :

Pierre Frackowiak, La place de l’élève à l’école, Chroniques sociales, 2010, 176 pages.

Présentation :

http://www.chroniquesociale.com/index.php?ID=1011992&de[...]

Précédent ouvrage de P Frackowiak

Pour une école du futur

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/20[...]

Flaubert est un blaireau d’Alain Chopin, éditions dialogues.fr

Lecture en cours….

J’aime déjà la citation en exergue, un extrait sur Frida kahlo.

La préface de Hervé Hamon, voilà le professeur que je souhaite devenir, être!!!

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