Qu’est-ce qu’un éducateur?

 

J’ai lu cet article L’éducation, un chemin vers le clair-joyeux

dimanche 4 décembre 2005, par René BARBIER

http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/article.php3?id_article=521

Je le trouve vraiment très éclairant sur la notion d’enseigner, très proche d’ailleurs de Krishnamurti dont je parle souvent dans ce blog sur l’art d’enseigner, l’art de vivre tout court. Car enseigner avant tout c’est indiquer les chemins, ou un chemin possible pour vivre, pour s’épanouir. L’enseignant n’est pas spécialisé dans une didactique bien rôdée et close, mais doit être un généraliste qui peut montrer des voies possibles pour créer une vision poétique et créative de l’existence.

 

Vous évoquez la question de l’écoute
de l’autre. Le sens de l’écoute est souvent perdu très tôt dans la vie, et un
des rôles de l’éducateur est probablement d’aider à retrouver ce sens si
essentiel. L’éducation est trop souvent du dressage. Y a-t-il possibilité d’une
relation authentique entre l’éducateur et les personnes qu’il a en charge ? Au
fond, quel est le rôle de l’éducateur, si l’on prend ce terme dans son sens le
plus étendu ?

Cette question est centrale. Evoquer le rôle de l’éducateur revient à définir l’éducation. Sur un plan étymologique, ce terme
possède deux sens. Le premier signifie « nourrir, prendre soin ». Si l’on remonte à Philon d’Alexandrie, il s’agit de prendre soin de l’être. Nourrir, c’est élever la personne, au sens de permettre à la personne de s’épanouir par  l’intermédiaire d’un certain nombre d’aliments spirituels, symboliques, et matériels. Le deuxième sens est « conduire hors de ».

Le pédagogue, si l’on se place dans la tradition même de l’éducation, conduit hors des sentiers battus et permet à la personne de
découvrir des chemins à explorer, d’aller vers un plus-être. Dans la tradition chinoise, par exemple, l’éducation est la formation de l’homme de bien, de celui qui possède la vertu d’humanité (ren). Ces termes sont bien sûr à actualiser pour notre société moderne, mais il est
important à mes yeux d’avoir une préoccupation de finalité, de permettre à un être de découvrir en lui-même, grâce à l’éducation, des dimensions de son être en évolution permanente vers quelque chose qui s’élargit. C’est pourquoi je suis assez critique à l’égard de toutes les spécialités. Un éducateur n’est pas un spécialiste, mais bien un généraliste, ayant la capacité de faire des
sauts analogiques, parfois étonnants ou dérangeants, entre des champs de connaissance très différents. J’envisage l’éducation sous l’angle de savoirs pluriels, aussi bien dans les sciences de la nature que physiques ou humaines, art et spiritualité.

On me rétorquera qu’il s’agit là d’un savoir encyclopédique, mais ceci est réducteur. Le problème n’est pas de connaître
tout, mais de bénéficier d’une sensibilité qui permette d’indiquer à son élève des orientations, des lignes de recherche : conduire au sens de proposer des voies : « là, tu peux aller voir pour trouver des réponses à tes questions ». Etre un informateur performant. Et se situer dans la transdisciplinarité. Voici un des aspects de l’éducation, l’autre étant la connaissance de soi.

Deux pôles se présentent donc : celui des savoirs pluriels, et celui de la connaissance de soi.

Chez l’éducateur qui travaille avec le « s’éduquant », comme disent les canadiens, afin qu’il puisse aller vers le plus grand large de lui-même, le dialogue entre les deux pôle se fait sans cesse. Mais l’éducateur aussi est un « s’éduquant » en permanence. Il n’est pas dans un état stable, mais dans une mouvance où lui-même s’enrichit des savoirs pluriels et de la connaissance de soi. Le pôle des savoirs pluriels vient poser les questions au pôle de la connaissance de soi, et celle-ci fait appel à des expériences personnelles, des flashes expérientiels par lesquels nous rencontrons une réalité autre, inconnue jusqu’alors. Un autre niveau de compréhension naît alors. Mais il demande aussi à être interrogé, afin d’éviter à cette connaissance nouvelle de se stériliser, de se transformer en un « je sais ». Les sciences humaines, les sciences du comportement, les neurosciences viennent questionner cette toute-puissance individuelle que l’on peut avoir du
fait d’une « expérience » majeure. L’inverse est tout aussi important : la connaissance de soi, par le regard autre sur la réalité, interpelle le côté rigide et rigidifiant de toute science, dont la tendance est de clore et blinder ses frontières.

Le dialogue entre les deux pôles est animé par la méditation, c’est-à-dire cette capacité à accueillir le silence en soi-même, dans la tranquillité : silence sur les concepts, les images, de façon à rencontrer en soi un vide. Ce vide est plein, créateur, et anime sans
cesse spontanément de nouveaux questionnements, et donc notre faculté d’éducateur.

 

Graphique extrait de René Barbier : « l’éducateur
comme passeur de sens », Bulletin Interactif du
Centre International de Recherches et Études transdisciplinaires n° 12 – Février
1998
,

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